Visite des hôpitaux de Paris
Qui le sait? Certains hôpitaux recèlent de véritables trésors. Visiter Paris et la Pitié-Salpêtrière, par exemple : 33 hectares en plein Paris. Zone franche qui possède sa chapelle (en forme de croix grecque), sa crèche, son école d'infirmières, ses quartiers, ses cuisines, sa blanchisserie, ses cafétérias, ses jardins ou ses potagers.
Quittons l'embouteillage du boulevard de l'Hôpital et dirigeons-nous vers le 47. Après un salut à la statue du bon docteur Pinel (17451826), libérateur des aliénés, on pénètre dans la cité insolite et magique. La plus belle perspective de l'hôpital: le cours Saint-Louis s'offre au regard avec ses deux divisions, Mazarin (à gauche, construite par l'architecte Le Vau sous Louis XIV) et Lassay (à droite, du nom de la marquise qui, en 1756, fournit les dons nécessaires à sa construction), sorte d'hôtel des Invalides en miniature. On emprunte l'une de ces longues allées typiques des jardins à la française. L'odeur de gazon fraîchement tondu monte à la tête ...
Perdons-nous dans les ruelles pavées, dans ce passage bordé de maisons aux stores jaunes délavés. Qui vit là, mystère? Nous voici dans un décor de film, celui d'un Paris disparu. Au milieu de la cour Sainte-Claire passe une belle fille, comme
l'une de celles que l'on enfermait ici, vers 1684, parce qu'elles étaient «de mauvaise vie» : les Filles du Roy dont les aventures inspirèrent l'abbé Prévost, l'auteur de «Manon Lescaut».
Rue Vincent-de-Paul, rue de la Lingerie, rue de l'Eglise. Un rouge-gorge se niche dans l'un des marronniers de la promenade de la Hauteur. Loin des alignements rectilignes du cours SaintLouis, nous sommes à présent dans un jardin anglais. Dans cette ville en réduction, où tout a l'apparence de la vie ordinaire, n'oublions pas que l'on souffre, et même que l'on meurt, un peu plus qu'ailleurs. La porte d'une chapelle s'ouvre devant nous. Espace parfumé d'encens. On croit entendre les orgues magnifiques. La chapelle SaintLouis qui, depuis 1669, a vu se dérouler tous les fastes et toutes les misères du monde, est aujourd'hui un lieu de concert et d'expositions. On peut aussi chaque jour y entendre la messe. Un dernier regard à l'inscription gravée dans la pierre «Hôpital de la Pitié-Salpêtrière». La Pitié, cela va de soi. La Salpêtrière, parce que qu'on y grattait le salpêtre indispensable à la fabrication de la poudre à canon.
Direction le Val-de-Grâce. Quelle drôle d'idée d'avoir ainsi nommé un lieu qui, pour ses pensionnaires, serait plutôt une vallée de douleur! L'Histoire explique tout. C'était à l'origine un couvent bénédictin, rattaché aux monastères de la Montagne Sainte-Geneviève détruits en 1792 (feuillantines, ursulines, carmélites ou visitandines). Il devint, après la Révolution, l'hôpital réservé aux armées, aux grands de la République, aux hôtes de marque. Aucune chance d'y pénétrer si l'on n'appartient pas à l'une de ces catégories, et l'endroit ne se visite pas non plus. En revanche, l'ensemble monumental occupé par l'Ecole d'application sera ouvert durant les deux journées du Patrimoine.
Contraste fort avec la folie baroque qui semble habiter l'édifice de pierre, les façades et la ferronnerie ... Parcours au pas de charge à travers le cloître, sur deux étages. On traverse tambour battant la salle capitulaire, sous le regard sévère d'Anne d'Autriche et de Louis XIII. Le salon de la reine est plus aimable, où elle se réfugiait pour écrire en secret - secrets d'Etat - à son frère Philippe IV d'Espagne Un étroit escalier de pierre de Paris en colimaçon renforce encore un peu plus l'impression d'être au cœur d'un roman historique ...
Et voici la chapelle, surmontée par une sublime coupole qu'orne une fresque de Mignard. Elle fut édifiée à la suite du vœu d'Anne d'Autriche qui se désespérait, après vingt-trois ans de mariage, de n'avoir pas donné d'héritier à la Couronne. Cette chapelle, "la plus sculptée de France», est entièrement dédiée à la gloire de la Nativité. Où que l'œil se pose, on baigne dans l'exaltation des vertus catholiques. Un groupe de statues (1665-1667), sculptées par Michel Anguier, louent la Charité, la Foi, la Force, la Religion, la Bonté, la Virginité .. Vertus de pierre modérément engageantes, mais quel décor! Ouand l'armée et la culture se donnent la main, la mise en scène est éclatante !