Paris la Seine...
La Seine, Les quais, Les trente-quatre pont, Les canaux et leurs écluses, Arletty et l'hôtel du Nord
L'eau connaît tous les secrets de la capitale. C'est son âme et sa mémoire. Son fil d'Ariane. Elle est l'éternelle complice de ses paysages, de ses lumières, de son imagerie et de ses instantanés: les bouquinistes, les quais, le bronzage le long des Tuileries les jours d'été, les passages inlassables des bateauxmouches, les éclats de voix d'Arletty sur une écluse du canal Saint-Martin, la douce ivresse d'Apollinaire sous le pont Mirabeau ..
Glissant doucement au pied de Notre-Dame, filant entre les palais, narguant la tour Eiffel, Sa Majesté la Seine orchestre la magie. Tout s'est ordonné de part et d'autre de la gracieuse courbe qu'elle dessine sur 13 kilomètres. Rive droite-rive gauche : aucune autre grande métropole européenne ne se définit à ce point en fonction de son fleuve, jusqu'aux distances et aux numéros de ses rues calculés à partir des berges.
Livre d'histoire, la Seine permet tout simplement de comprendre Paris, et de lire la capitale avec d'autres yeux. Il y a deux mille cinq cents ans, le fleuve était beaucoup plus large (1,5 à 2 kilomètres) et moins pro-fond. Si, dans l'Antiquité, la vie s'est développée assez logiquement sur l'île de la Cité, c'est parce qu'elle offrait un passage facile au croisement naturel de la voie fluviale et d'un grand axe pédestre nord-sud. C'est là qu'une tribu celte, les Parisii, fonda Lutèce. Tout, alentour, n'était alors que collines et marais. L'eau déjà ... En 52 avant Jésus-Christ, la colonie romaine crée "sa" ville sur la rive gauche. Et ce n'est qu'au Moyen Age, avec l'assèchement des marais et le percement de canaux, que la rive droite commence à se couvrir de bâtiments et à se consacrer au commerce, la rive gauche accueillant l'université, les étudiants et les activités religieuses. L'île de la Cité demeure le siège du pouvoir royal, de la justice et de l'administration.
Traits d'union, héritiers de cette répartition des rôles, les trente-quatre ponts et les quatre passerelles qui franchissent le fleuve sont désormais illuminés par des éclairages installés en 1996 En pierre ou en métal, la plupart d'entre eux ont été construits ou reconstruits au XIX' siècle, notamment sous le second Empire : Haussmann en avait fait l'une de ses priorités pour faciliter la circulation dans la capitale, Mais chaque époque a laissé son témoin le pont Royal, décidé par Louis XIV, le pont de la Concorde au siècle des Lumières, le pont Alexandre III à l'occasion de l'Exposition universelle de 1900 ... Et Paris ne se lasse pas d'en créer : le pont Charles-de-Gaulle, le plus récent, a été inauguré il y a deux ans et la nouvelle passerelle Solferino - à la hauteur du musée d'Orsay sera jetée au-dessus de la Seine pour l'an 2000 Mais le vétéran, le Pont-Neuf, terminé en 1604 sous Henri IV, fut pourtant en son temps le plus révolutionnaire de tous: on n'avait pas bâti de maisons dessus! Et, pour la première fois, on pouvait contempler la Seine tout en la traversant. Une nouveauté 1 Pendant longtemps, les ponts restèrent habités. Mieux aérées, les habitations permettaient d'échapper aux odeurs fétides de la ville, et de voir les joutes qui se déroulaient sur un fleuve non canalisé faisant à la fois office d'égout, de lavoir, de fontaine ... La décision, prise par le roi Louis XVI, en 1769, de démolir les immeubles édifiés sur les ponts et d'interdire toute nouvelle construction de ce type a définitivement ouvert Paris sur son fleuve.
Gris ardoise, comme les toits, ou vert émeraude sous le soleil de midi, la Seine trace sans doute la plus belle avenue de Paris. Notre-Dame, la Conciergerie, la Galerie du bord de l'eau du Louvre, l'Institut, le musée d'Orsay, la place de la Concorde, le palais Bourbon, la tour Eiffel, le palais de Chaillot: un défilé architecturai exceptionnel qui mêle tous les styles et toutes les époques. Quatre-vingtcinq pour cent des lieux les plus visités à Paris sont accessibles par l'eau! Au fil des siècles, architectes et urbanistes se sont rejoints dans une même volonté de tirer parti du site et ont disposé leurs monuments perpendiculairement au fleuve, en fond de décor, créant des perspectives grandioses. Une remarquable unité aujourd'hui protégée puisque, en 1991, l'Unesco a décidé de classer au patrimoine mondial de l'humanité l'ensemble des quais, du pont Sully au pont d'Iéna, ainsi que l'île de la Cité et l'île Saint-Louis.
La magnétisme du fleuve s’exerce encore sur les urbanistes comtemporains. Des réalisations aussi monumentales que la bibliothèque de France, le ministère de l'Economie et des finances, dans l'Est parisien, l'Institut du monde arabe dessiné par Jean Nouvel, ou le nouveau quartier AndréCitroën et ses jardins, à l'ouest, ont cherché leur consécration en s'ouvrant sur la Seine.
Un magnifique décor, mais seulement un décor? C'est bien ce que le fleuve faillit devenir. Au début des années 1970, l'aménagement des voies sur berges, voulu par le président Pompidou, faillit porter un coup fatal à l'intégrité du site. Le saccage programmé et irréversible de la rive gauche fut stoppé in extremis, de même que le projet de voie express qui devait recouvrir de bitume le canal Saint-Martin sur toute sa longueur! Mais depuis le début des années 1990, la Seine revit. Quinze ans après le lancement du dispositif Seine-propre, et grâce aux nouvelles techniques de traitement des eaux usées, on peut de nouveau y pêcher, à défaut de s'y baigner comme l'avait imprudemment promis Jacques Chirac. Et à l'Hôtel de Ville, la préservation des rives s'est imposée comme une priorité politique. Mieux, les Parisiens retrouvent petit à petit la mémoire de l'eau. Les quais sont branchés. Les péniches restaurants se multiplient, et on danse le rock ou le tango, les nuits d'été, dans le square TinoRossi aménagé sur l'ancien port Saint-Bernard, avec le chevet de Notre-Dame illuminé en arrière-plan.
Avec ses neuf écluses restaurées, le canal Saint-Martin, curé, a été sauvé par l'ouverture à la navigation de plaisance. Avec lui, tout un Paris populaire, longtemps laissé en déshérence, retrouve, au fil de ses 4,5 kilomètres de berges, des couleurs, des parfums, des atmosphères. La renaissance d'une identité perdue.
Cure de jouvence pour le Pont-Neuf
Rongé par les infiltrations d'eau, le Pont-Neuf, emballé par Christo dans les années 1980, menaçait de dépérir. Un grand chantier de restauration a été ouvert en de 1989 à 2001
Activité groupe Paris